La 28ème édition de la journée de l'industrialisation de l'Afrique, placé sous le thème « le développement industriel africain : une condition préalable pour une zone de libre-échange continental efficace et durable » est une occasion que le Cameroun a pris au sérieux pour reparler de son industrialisation, un défi qui l’interpelle comme bon nombre de pays africains. Cet événement s'est célébré le 20 novembre à Yaoundé. L'objectif visé est de promouvoir et de renforcer la culture d'une industrie inclusive et durable dans les pays africains.

L’un des enjeux de la journée de l'industrialisation de l'Afrique est non seulement d'inciter les pays à s'engager davantage dans le processus industriel mais aussi de susciter une prise de conscience au niveau mondial et mobiliser l'appui international en faveur du développement industriel de l'Afrique. Au Cameroun par exemple, l'industrialisation n'est pas encore effective. D'après le gouvernement, il faut résoudre le problème énergétique. Car on ne peut pas avoir une industrie performante, si on n'a pas d'énergie. Le problème de financement s'ajoute dans le frein de l'industrialisation. Il n’y a pas de banque capable de financer l'industrie. Pour le ministre camerounais des mines, de l'industrie et du développement technologique, Ernest Mbwaboubou, c'est l'effort qui doit être fait et c'est la raison pour laquelle l’on fonde au Cameroun beaucoup d'espoir sur la banque des Petites et Moyennes Entreprises (PME). Dans le même sillage s’ajoute le manque de ressources humaines qualifiées.  



Toutefois et selon l'ingénieur général des mines, Célestin N'donga, le Cameroun est potentiellement un pays leader dans le monde parce qu'il a tout ce qu'il faut en termes de ressources  naturelles et bien d'autres. Pour lui, la politique industrielle n'est pas les usines, ni les projets et encore moins les hommes d'affaires. « L'enjeu c'est l'esprit, l'esprit camerounais qu'il faut reformater » suggère-t-il. Il poursuit en prenant un exemple : « Vous auriez du mal à expliquer Alucam (Aluminium du Cameroun), l'un des grandes usines dans le monde en terme de performance, mais qui, aujourd'hui tourne à moins de cinquante mille tonnes et n'a plus de partenaires ».

Le thème de cette 28ème édition de la journée de l'industrialisation de l'Afrique traduit une approche d'intégration dans l'économie mondiale. C'est un choix d'ouverture qui s'accompagne par les mesures de renforcement de la compétitivité des entreprises. Plusieurs initiatives ont été engagées dans le pays pour favoriser une meilleure intégration dans les chaînes de valeurs mondiales à travers la prise des mesures inspiratrices qui devront permettre la transformation d'au moins 15% des matières premières dans le domaine de la mine et d'environ 40% dans celui de l'agriculture et de forêt. Ces précisions et les chiffres sont donnés par le gouvernement qui affirme également que le plan directeur d'industrialisation adopté en 2016 a identifié comme sanctuaire de l'industrialisation, l'agro-industrie, l'énergie, le numérique et bien d'autres. Toutefois, ce développement ne saurait être appliqué sans la volonté des acteurs impliqués à l'instar du gouvernement et le secteur privé a souligné le ministre Mbwaboubou.

Initié par l'ONUDI, la célébration de la journée de l'industrie africaine offre ainsi aux politiques, aux opérateurs privés et les partenaires au développement l’occasion de s'interroger sur les actions à mettre en œuvre afin de lever les verrous à l'industrialisation inclusive durable. Pour les pays africains, il s’agit d’une occasion idoine de rechercher les solutions aux problèmes liés au développement industriel et de mettre en place des stratégies visant à réduire les goulots d'étranglement qui ralentissent l'industrie et l'économie en creusant une fosse considérable entre les pays africains et le reste du monde. A ce sujet et pour Ernest Mbwaboubou, « les exigences du nouveau mode industriel imposent aux africains non seulement de produire davantage les matières premières que l'industrie a besoin et mais aussi assurer localement la transformation ».

Ayouba Nsangou