Le lundi 30 septembre 2019, le Cameroun a rendez-vous avec lui-même. Déchiré par plusieurs crises dont celle aux relents séparatistes dans deux régions, le nord-ouest et le sud-ouest, plus de 400 acteurs de tout bord commencent une discussion de 5 jours pour tenter de décrisper la situation dans le pays. Le cadre de concertation et de recherche de ces solutions est le palais des congrès de Yaoundé.

 

C'est une rencontre qui promet de tout faire voir et entendre surtout qu'elle s'ouvre d'après certaines informations en l'absence de certains leaders séparatistes, autres acteurs de la crise anglophone. Cette crise déclenchée, il y'a un peu plus de trois ans, avec son lot de violences sans précédent et des atteintes de toutes sortes sur les vies humaines, est principalement au coeur de ce rendez-vous. Cette crise a déjà fait plus de 3000 morts ainsi que plusieurs centaines de milliers aussi de déplacés parmis lesquels, des femmes et des enfants, obligés de trouver refuge, soit au Nigeria voisin, soit dans d'autres villes du Cameroun. De nombreuses écoles sont fermées, des villages entiers detruits et vidés, les dégâts sur l'économie du Cameroun énormes.

Ce grand dialogue national devrait permettre aux camerounais de tout bord de se retrouver, de discuter et de chercher ensemble les solutions aux problèmes du pays, y compris les groupes armés, les victimes des différentes atrocités des différentes guerres dans le pays, dans les régions anglophones où se vit la crise séparatiste et dans la partie septentrionale du pays où la secte terroriste Boko Haram, réduit dans ses dernières retranchées, a quand même semé le chaos pendant longtemps.

Si ce dialogue concerne principalement la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest connues sous la crise anglophone ou séparatiste, d'autres préoccupations sont également sur la table. Il s'agit des questions telles que l’unité nationale, l’intégration nationale, le vivre-ensemble, le bilinguisme, la diversité culturelle et la cohésion sociale, la reconstruction et le développement des zones touchées par le conflit, le retour des réfugiés et des personnes déplacées, le système éducatif et judiciaire, la décentralisation et le développement local, la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants, le rôle de la diaspora dans le développement du pays, etc. Ces sujets ont été listés par le chef de l'État camerounais dans son discours, le 10 septembre dernier.

Au moment où s'ouvre cette rencontre, on signale tout de même l'absence de certains autres acteurs importants pour une telle initiative pour décrisper la situation au Cameroun et surtout dans les régions en crise du nord-ouest et sud-ouest. Il s'agit entre autres de certains leaders politiques et de la société civile, certains acteurs et activistes de la diaspora, certains leaders séparatistes également même si de nombreux ex-combattants sont annoncés à l'ouverture.  Ce qui amène certains observateurs à penser qu'il faudrait vraiment attendre pour voir si quelque chose de durable pourra sortir de ce grand dialogue national qu'ils n'hésitent pas de qualifier de verrouillé ou taillé à la mesure de la volonté seule du gouvernement camerounais.

Aboubakar Sidick MOUNCHILI