La question mérite encore d’être reposée. Surtout quelques semaines déjà après la sortie du président français que d’aucun ont qualifiée de véritable gifle aux dirigeants africains sur l’avenir du F CFA et le débat sur cette monnaie et les misères du continent africain. Aucune réaction officielle sur ces propos jusqu’ici n’a été enregistrée, ni proprement sur la sortie des pays concernés de la zone franc que réclamait, tambour battant, une certaine opinion. Emmanuel Macron n’a pas ménagé les chefs d’Etats africains et l’ensemble des politiques sur le continent. « Il faut arrêter les déclarations démagogiques, faisant du franc CFA le bouc émissaire de vos échecs  politiques et économiques, et de la France la source de vos problèmes” a lancé à leur endroit, le jeune président à ses homologues africains, pour certains, à la tête de leur pays, depuis des décennies et prêts à ne rien céder même pour un repos bien mérité.


Personne n’a encore levé le moindre doigt. Pourtant pendant des mois, dans de nombreux pays africains, la polémique sur le franc CFA  s’est vue amplifier  avec la naissance par ci et par là des organisations qui se réclament de front de lutte contre le « FRANC CFA » et de « Libération de l’Afrique du joug colonial français ». Des marches ont été même organisées y compris en Europe par certains africains qui estiment que le FCFA est un instrument de la France sur certains pays du continent depuis l’époque coloniale. L’Afrique n’y  tire aucun bénéfice. Des dirigeants se sont invités dans ce débat qui vise in fine, la création d’une monnaie ou des monnaies propres à leurs pays. Une cause défendue par exemple par le président tchadien Idriss Déby Itno  qui s’est exprimé à plusieurs occasions sur le sujet en invitant ses  pairs à sortir de la domination du « Franc CFA ».
Face à toutes ces sorties, le nouveau président français, Emmanuel Macron n’a pas fait la fine bouche pour inviter les chefs d’état des pays concernés par la polémique à prendre leur responsabilité et à s’assumer. “…Si on se sent pas heureux dans la zone franc, on la quitte et on crée sa propre monnaie comme l’on fait la Mauritanie et le Madagascar…” a-t-il rappelé. Un rappel qui sonne comme du venin craché sur les visages et un véritable test aux dirigeants africains à s’assumer ou à se lever pour prendre librement des grandes décisions quand il s’agit de l’intérêt de leurs populations.


Le temps de réagir.


Sans faire dans une fuite en avant qui sera encore préjudiciable, l’Afrique à travers ses leaders, est à appeler à répondre si véritablement le F FCA est ou non le mal des pays africains pour justifier les échecs politiques et économiques, le retard enregistrés et le déficit de gouvernance. A cette question qui s’impose, il y’a lieu d’ajouter d’autres. Ont–ils les mains libres pour s’imposer dans leur espace ou pour prendre des grandes décisions ? Sont–ils assez courageux, aussi panafricains comme veulent le faire croire certains ?  Des interrogations  qui ne trouveront réponses que dans la suite des évènements. Emmanuel Macron a donné, de son côté, un coup de pied dans la fourmilière. La voie est libre pour lancer en profondeur les débats ou pour abandonner cette monnaie et courageusement pour le bien-être des populations.
Le silence des leaders africains aujourd’hui signifierait au moins trois choses. Soit ils ont vraiment tort, avec une certaine opinion africaine, de penser que la solution aux problèmes de l’Afrique est la sortie de la zone franc, que le F CFA profite plus à la France qu’à l’Afrique. Soit, ils ont raison mais n’ont aucun moyen de lever leur tête car ne disposant pas assez de force et de respect sur la scène internationale pour prendre des décisions. Soit enfin que le débat sur le F CFA est un faux débat et que le problème de l’Afrique et même celui de cette monnaie est africain avec les solutions qui doivent être trouvées en Afrique. On n’a qu’à voir sur cet aspect, comment les ressources entre les mains sont gérées dans plusieurs pays. Seuls quelques privilégiés en bénéficient au détriment de la grande majorité qui vivote paradoxalement sous le poids de la misère dans un continent très riche.


Aboubakar Sidick MOUNCHILI